A la rencontre d'un des plus grands noms
de la bande dessinée chrétienne : Noël Gloesner
Lors d'un précédent article, nous évoquions l'excellente série de Noël Gloesner scénarisée par Marijac, " Colonel X ", paru dans Coq Hardi. A cette occasion nous avons retrouvé dans nos archives une correspondance de 1994 que nous avions commencée avec le dessinateur et qui a été interrompue par son décès. Cette correspondance se voulait être une longue interview sur la BD chrétienne dans son œuvre.
Cet artiste trop discret, savait affirmer et témoigner de sa foi dans ses BD. Pour lui, d'ailleurs, la BD était un excellent moyen d'évangélisation.

Né le 19 avril 1917 à Chaumont dans la Haute-Marne, il nous a quittés le 1 août 1995 à Brunniquel, petit village du Tarn-et-Garonne.
Noël Gloesner (Gloesener) débuta après la guerre en 1945 comme illustrateur et entra aux éditions Fleurus où il fit presque toute sa carrière. On se souvient, parmi ses nombreuses séries, des "Indégonflables de Chantovent" sur un scénario de Rose Dardenne, qui parut de 1947 à 1962 dans Fripounet et Marisette ; puis de "Yann le Vaillant", scénarisé par Jean Canoan dans Cœur Vaillant de 1948 à 1956.
Citons aussi le superbe western scénarisé par Guy Hempay " Pat Cadwel " dans 72 Jeunes et Formule 1 de 1965 à 1980.
- Lorsque j'ai commencé à dessiner (dessinoter !) , mon éducation catholique traditionnelle m'a évidemment facilité certains contacts avec la presse " confessionnelle " qui émergeait des brumes, après la Libération.
C'est ainsi que j'ai été amené à dessiner de nombreuses illustrations dans les journaux édités rue de Fleurus.
J'y suis resté fidèle jusqu'à ma retraite en 1985.
- Outre les BD d'aventures, vous avez dessiné beaucoup de BD religieuses...
Les abordiez-vous comme les autres ?
- Oui. Cela n'a jamais été une " spécialité ". On peut demander à un dessinateur de traiter n'importe quel sujet : s'il se sent à l'aise, il le fera. Pour moi, j'ai toujours été " polyvalent ". evidemment, il est des sujets dans lesquels, par goût ou par compétence (plutôt par défaut de) on ne s'aventure pas. Pour moi, par exemple, la science-fiction ou les sujets trop techniques. En ce qui concerne les sujets religieux, le besoin crée l'organe et la demande fréquente fait qu'on finit par être rôdé. J'ai toujours suivi le scénario qu'on me donnait au plus près et on m'a toujours fait confiance.
Bien entendu, lorsqu'on aborde la biographie d'un personnage moderne, surtout, il faut s'entourer de la documentation propre à recréer, au mieux, et le personnage et son environnement.
- La BD peut-elle être un moyen d'évangélisation ?
- Bien sûr ! Si, d'une part, elle répond parfaitement à la Vérité et aux exigences de la Parole de Dieu et, d'autre part, si elle touche (en l'éduquant !) la sensibilité esthétique du public d'aujourd'hui.
- Votre image du Christ ?
- Le plus loin possible de Saint-Sulpice, bien sûr !
Noël Gloesner a aussi réalisé de nombreux albums religieux pour les éditions Fleurus : Paul de Tarse,
Saint Benoît, Monsieur Vincent, L'Abbé Pierre, Chrétiens en Limousin, Chrétiens en Lorraine. Avec le père Thivollier, en 1979, pour les éditions du Bosquet, il participe à une Bible en BD de 48 volumes. Il illustrera " Moïse ", " Les Juges ", " Samson ", " Jonas ", " Ruth et Esther ". En 1986, toujours pour le père Thivollier, il réalise deux gros volumes consacrés aux Evangiles : Et Il a vécu parmi nous. Un savant mélange de dessins en noir et blanc et en couleurs.
- C'est tout à fait fortuitement que j'ai fait la connaissance du père Thivollier. Un confrère, qui travaillait pour lui, m'a engagé à le contacter. Je cherchais justement du travail. Armé de mon arsenal de BD religieuses, je suis allé le trouver, et il m'a rapidement confié une partie d'un travail qu'il faisait sur la Bible. A la suite de quoi, il a fait appel à moi pour un ouvrage important, diffusé actuellement dans le monde entier en une dizaine de langues : Et Il a vécu parmi nous.
- Vos compositions sont originales et vous " cassez " quelquefois les limites habituelles de la planche traditionnelle. Etiez-vous entièrement libre de cette mise en page ?
- Totalement. A moi de répartir et les ballons et le texte composé dans l'ensemble de la page, réservant au dessin, si j'ose dire, la primauté et l'importance que l'auteur et moi-même lui apportions. Au sujet de ces ouvrages, le peu que j'en ai entendu, ce ne sont que des éloges, ceci dit très humblement...
- Votre regard sur la BD chrétienne ?
- Comme dans tout, il y a à boire et à manger. Du bon et du moins bon, malheureusement. Tout dépend de l'impact... On juge l'arbre à ses fruits.

in "J.2.jeunes", (n°15, 1966)

"Yann le Vaillant" (in "Coeur Vaillant", 1950)
La dernière BD religieuse de Noël Gloesner fut Saint Charles, le grand évêque de Milan, aux éditions Fleurus en 1989. Noël Gloesner a travaillé pour de nombreux autres éditeurs. Ainsi Pierrot en 1951 et les publications de Marijac : " Colonel X " dans Coq Hardi, " Dolores " et " Mademoiselle Ci-Devant " dans Mireille, " Cricri reporter " et " L'orpheline du Far-West " dans Nano et Nanette, " Marika " dans Frimousse, " Allez Ramuntcho " dans Allez France... Il a aussi collaboré à L'Intrépide, Paris Jour, La semaine de Suzette, Chouchou...
Le style de Noël Gloesner reste inimitable et d'une grande originalité, avec ses personnages en perpétuel mouvement et légèrement déséquilibrés. Nous pouvons le considérer comme l'un de nos plus grands dessinateurs français, passant avec autant d'aisance du dessin humoristique au dessin réaliste.
Guy LEHIDEUX